Après plusieurs années de fermeture et une restauration
minutieuse, le musée du Petit-Palais a rouvert en décembre 2005.
Il abrite les collections des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Les 1300 pièces
exposées sont quasiment toutes exceptionnelles (art grec et romain, pièces
du Moyen-Age, tableaux flamands, impressionnistes, icônes, mobilier du
XVIIIème siècle, etc). Lalliance dun des plus beaux
bâtiments parisiens de style Beaux-Arts et une riche collection dArt
Nouveau permet également de sentir, mieux quailleurs, le parfum
du Paris 1900.
Mais on peut aussi visiter ce musée majeur de la capitale avec un sentiment
gay.
Sil est dabord le palais de la femme (lesbienne de surcroît
à bien des égards), les garçons ne sont pas oubliés.
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Sapho 1900
Déjà, sur la façade, les femmes font des farandoles, tombent en guirlandes ou simposent victorieuses. Les fresques des plafonds, les tableaux et les sculptures ne font que confirmer la première impression : ce palais glorifie la femme.Tout ou long de la visite, cest un florilège de seins fermes et de poitrines fièrement exhibées. Très vite, on se prend à se demander si nombre de ces dames ne sont pas lesbiennes. Le point dorgue de la visite confirmera ce point de vue



La Vague et La Méditerranée, deux tableaux de Maillol (vers 1890), les Baigneuses de la plage du Pouldu de Maurice Denis (1899), les Jeunes filles à la mouette de Bonnard (1917), Soir Antique dAlphonse Osbert (1908) ou encore le célèbre portrait de Sarah Bernhardt par Clairin (1876) évoquent un aspect de la femme 1900, sensuelle et déjà chercheuse dindépendance.
Psyché sous lempire du mystère de Héléna
Bertaux (avant 1897) ou Paris et ses affluents de Ferrary
suggèrent une femme plus distante, froide mais maîtresse de
son destin. Toutes ces uvres racontent que la femme sémancipe dès la Belle Epoque et que Paris est la capitale du saphisme. Elles rappellent avec Walter Benjamin que "la lesbienne est lhéroïne de la modernité".
Marietta de Corot (1843) montre la femme libre dune autre époque et quelques tableaux du XVIIIème siècle, le libertinage davant la Révolution (une période où les "tribades" étaient à la mode).

Ce tableau peut être considéré comme un des tous premiers (si ce nest le premier) tableaux résolument lesbiens. Il sort du cabinet privé de son propriétaire pour la première fois en 1878 et fait scandale, évidemment. Les frères Goncourt écrivent dans leur journal combien ils détestent cette toile : "ici dans les tribades, deux corps terreux, sales, breneux, noués dans le mouvement le plus disgracieux et le plus calomniateur de la volupté de la femme au lit ; rien de la couleur, de la lumière, de la vie de sa peau, rien de la grâce amoureuse de ses membres, une ordure bête".
Juste à côté, les conservateurs du musée ont choisi daccrocher un autre tableau de Courbet, apparemment plus innocent : Les demoiselles des bords de Seine.
Ce tableau, montré au salon de 1857, fait scandale car son dessin préparatoire laissait apparaître une des deux femmes dormant sur lépaule de lautre. Courbet abandonnera finalement cette idée pour une composition plus classique mais il est trop tard, le scandale est déjà en route.
Pour Le Sommeil comme pour Les demoiselles des bords de Seine, ce qui choque surtout les contemporains de Courbet cest quil ne cherche pas à camoufler son propos derrière un voile allégorique mais quil montre avec beaucoup de réalisme deux femmes de son époque, "deux gougnottes" comme le souligne, avec toute lhomophobie de son temps, un critique artistique de la fin du XIXème siècle.
Et les garçons dans tout cela ?
Les garçons ont quand même un peu de place dans ce vaste gynécée.
Dans les vitrines consacrées à lart grec antique, au rez-de-chaussée,
cherchez ce vaillant satyre tenant son gros membre bandé à pleine
main
Il ne la pas lâché depuis le VIème siècle
avant Jésus-Christ !
Un Saint-Sébastien baroque, attribué à Pierre
Puget et un autre plus folasse danseuse, datant pourtant de la fin du Moyen-Age
animent les galeries de ce même niveau.
Dans linsolite tableau Les 43 portraits de latelier Gleyre,
un des élèves de ce professeur qui enseigna à Monet,
Renoir, Sisley ou Whistler à croire en leur singulière expression,
na pas hésité à se montrer nu.
Mais le coin des mecs se cache au premier étage, entre
les impressionnistes et lart de la Troisième République.
Des Premières Funérailles de Barrias, on ne
retiendra que la moue sensuelle et les pectoraux dAdam.
Le Bon Samaritain (1880), émouvante toile dAimé-Nicolas
Morot, fera sûrement réfléchir plus dun garçon
sur ce que peut être le compagnonnage de deux hommes qui ont choisis
de traverser la vie ensemble, envers et contre tout.
Les gym-queens peuvent se pâmer devant les corps enchevêtrés
par dizaines qui peuplent limmense Bataille de Cannes (1863)
de François-Nicolas Chiffart.
Les plus romantiques (et les plus imaginatifs) des visiteurs inventeront
peut-être une belle romance gay aux deux jeunes bergers endormis côte
à côte dans La sieste pendant la saison des foins de
Courbet 1868.
Cette petite sélection nest pas exhaustive.
A vous de dénicher sur le pied dun vase ou au second plan
dun tableau un corps musclé ou le profil dun éphèbe
qui vous chavire le cur.
Bonne visite !

Musée du Petit-Palais
(Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris)Avenue du Président Wilson
75008 Paris.
M° Champs-Elysées Clémenceau.
Accès gratuit aux collections permanentes
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi et les jours fériés.
Nocturne les mardis jusquà 20h pendant les expositions temporaires.