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Rosa Bonheur une femme singulière en son Domaine de la Parfaite Amitié.

A une petite heure de Paris, au Sud de l'Ile-de-France, le château de By conserve l'atmosphère de vie et de création d'un de plus grands peintres animaliers du monde et d'une des plus célèbres lesbiennes du XIXème siècle : Rosa Bonheur.
Une visite d'atmosphère méconnue à découvrir les mercredi et samedi après-midi.

Tout près de Fontainebleau, au coin d'un paisible village et d'une épaisse forêt, le château de By, à Thomery, conserve l'atmosphère sereine et protégée que recherchait Rosa Bonheur qui l'acquiert en 1859.
Fatiguée par les contraintes d'une vie sociale à la hauteur de sa célébrité, elle s'installe ici avec Nathalie Micas, la femme qui partage sa vie depuis 10 ans. Derrière les murs de son château, elle entend bien vivre librement, sans craindre la vindicte sociale. Elle recherche aussi un cadre protégé pour mieux créer, proche de ses modèles de toujours : les animaux.

Apprentie dans l'atelier de son père, elle peint déjà des scènes animalières. Les premiers tableaux qu'elle présente au Salon sont Deux lapins (peinture) et Chèvres et moutons (dessin). Elle ne se contente pas non plus d'aller étudier leur anatomie aux abattoirs pendant les dépeçages (comme d'autres peintres vont à l'Ecole de Médecine pour mieux saisir les détails du corps humain pendant les dissections), elle vit entourée d'animaux. A Paris, elle s'entoure d'une chèvre, d'une loutre, d'oiseaux, d'un perroquet, d'un singe…
Au château de By, c'est une ménagerie : cerf, moutons, biches, mouflons, sangliers, isards, perroquets … et même des lions !
Sans compter son amour pour les chevaux.

Rosa Bonheur est une des plus prodigieuses peintres animalières de tous les temps. Entre la fin de la Monarchie de Juillet et l'avènement de la Belle Epoque, elle porte cet art à la hauteur des grands tableaux religieux et historiques. Plus que les Français, ce sont les Anglais puis les Américains qui saluent son talent. Le marché aux chevaux, son chef d'œuvre, présenté au Salon de 1853, fait partie des grandes pièces du Métropolitan Museum de New-York. La foulaison du blé en Camargue est conservée au musée des Beaux-Arts de Bordeaux et Le labourage Nivernais au musée d'Orsay.

Derrière l'artiste se profile une femme singulière pour son temps. Elle boit comme un homme, fume cigarette et cigare, s'exprime avec un franc-parler direct, court la campagne pour croquer les animaux d'après nature. Elle obtient l'autorisation de porter le pantalon pour pouvoir travailler sur les marchés et aux abattoirs, un univers viril et violent qui n'est absolument pas la place d'une femme de la seconde partie du XIXème siècle. "J'ai l'énergie d'une lionne dans un corps d'oiseau" écrivait-elle.
Elle aime les femmes et l'assume. Elle vivra 40 ans avec Nathalie Micas. Les deux femmes se feront des legs respectifs et Rosa parlera même de matrimoine à propos de son couple. Etonnement, cette vie différente, choquante à plus d'un titre pour la société stricte et hypocrite du XIXème siècle, ne fera jamais l'objet d'aucun scandale. Et pourtant, portraits et photos montrent une vieille femme souvent en pantalon, cheveux mi-longs, le regard très vif. Elle a l'allure d'une femme moderne d'aujourd'hui. Dans son temps, elle dénote. Il faut avoir en tête les clichés de ses contemporaines pour saisir à quel point Rosa Bonheur affiche sa singularité et sa liberté d'esprit en plein Second Empire et Belle Epoque …

" le domaine de la parfaite amitié "

Aujourd'hui, quand le visiteur pousse le portail du château de By, il vient d'abord rendre visite à une grande peintre, plus qu'à une femme singulière. C'est l'œuvre et son univers artistique qui sont encore palpables. Car rien n'a bougé dans le grand atelier depuis la mort de Rosa Bonheur en 1899. Ses pinceaux, ses palettes, ses livres, ses objets fétiches sont là. Un grand tableau inachevé trône encore sur le chevalet. On y perçoit son art en cours de création, son coup de pinceau, son sens du mouvement et de l'anatomie. Il faut laisser traîner son regard sur cette vague de chevaux lancés à toute allure pour sentir la vie intense qui ressort des tableaux de Rosa Bonheur. A deux pas, sa blouse bleue est encore sur la chaise entourée de mille autres souvenirs …
Sur les murs ? Des animaux toujours. Empaillés ou peints. Des accumulations d'animaux qui donnent une ambiance unique à la grande pièce au décor Troubadour. Margot, sa jument fétiche, surveille l'entrée. Rosa Bonheur s'entoure de cuisseaux de chevreuil en plâtre comme dans d'autres ateliers les artistes travaillent à côtés d'académies.
Le grand décor Fin de Siècle a beaucoup d'allure et les deux beaux chiens de chasse qui soutiennent la cheminée sont l'œuvre de son frère Isidore, sculpteur réputé et élève de Barye (décidemment, dans cette famille d'artistes, les animaux sont rois !).
Deux salles complètent cette visite d'atmosphère et permettent de continuer l'évocation d'une femme trop méconnue aujourd'hui. On y voit des fusains, des photos, son lit. Dans le couloir, une vitrine expose un costume d'indien offert par Buffalo Bill venu rendre visite à cette gloire de la peinture, en 1889. Des photos d'époques immortalisent ce moment.
On s'attarde aussi devant le grand tableau en pied, peint par Anna Klumpke, la dernière femme de sa vie, celle qui héritera de By et entretiendra la mémoire et le rayonnement de Rosa Bonheur. Aujourd'hui, ce sont d'ailleurs les descendants d'Augusta Klumpke (une des soeurs d'Anna) qui conservent avec beaucoup de respect tout ce patrimoine.
Anna Klumpke est la troisième femme de cette visite. Peintre américaine, elle rencontre Rosa Bonheur vers la fin du siècle et accompagne l'artiste jusqu'à la fin de sa vie.

Avant de refermer la porte du domaine de la parfaite amitié, ayons une pensée pour Nathalie Micas. N'oublions pas que cette femme est restée plus de 40 ans aux côtés de Rosa, sacrifiant sa propre carrière artistique. Elle est dans la cour du château quand l'impératrice Eugénie vient remettre, en 1865, la Légion d'Honneur au peintre qui est ainsi la première femme artiste à recevoir cette distinction. C'est aussi une femme en pleurs qui reste seule à By avec sa mère quand Rosa fait des escapades à Paris pour rejoindre sa maîtresse, Caroline Miolan Carvalho, la cantatrice qui crée le rôle de Marguerite dans le Faust de Gounod. Mais Nathalie n'était pas non plus une femme effacée. Au château de By, elle s'adonne à son hobby de la médecine et développe ses talents d'inventrice (elle imagine, entre autres, des freins à patins pour bloquer les wagons du chemin de fer en plein expansion). Le visiteur attentif pourra trouver un émouvant clin d'œil sur Nathalie pendant la visite : l'autorisation de travestissement (port exceptionnel du pantalon) qui est exposée est celle demandée par cette femme de l'ombre et non pas l'un de celles sollicitées par Rosa Bonheur !


Visiter By, c'est remonter sans transition plus de 100 ans en arrière dans une intimité totalement conservée. Ce domaine de femmes a gardé toute sa puissance évocatrice et son mystère. Les regards conscients peuvent encore ressentir tous les aspects de ces existences hors-normes. C'est touchant et terriblement nostalgique.
Une visite rare …

(Rosa Bonheur, Nathalie Micas et sa mère ainsi qu'Anna Klumpke partagent la même tombe au cimetière du Père Lachaise à Paris)


Visites de l'atelier de Rosa Bonheur :

Château de By

12, rue Rosa Bonheur
Thomery / Seine-et-Marne

Les mercredis et samedis de 14h et 16h.

Y aller en voiture :
A6. Sortie Fontainebleau. Suivre Thomery-By
Parking juste à côté du château

Y aller en train :
Paris Gare de Lyon, trains directs. 45 mn de trajet.
De la gare au château, comptez une bonne demi-heure à pied (balade agréable s'il fait beau ! Pourquoi ne pas picniquer dans un sous-bois à la belle saison …)
A la sortie de la gare, descendez l'allée qui mène au rond-point. Prenez la seconde route à droite (celle qui est fléchée " Thomery-By "). C'est la petite route forestière de la Fossette. La route serpente pendant 2 km en forêt. Dans les derniers mètres, on longe déjà le parc du château. Au Stop, tournez à droite, l'entrée du château est à 20m.

RS : Office du Tourisme de Thomery 01 64 70 80 14

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